La Persistance du Canal Artériel

chez le chien



Ayant visité certain site et m’étant insurgée à propos des écrits qui y figurent, je voudrais apporter les rectifications qui s’imposent afin que les informations soient véridiques et non fantaisistes.

Le canal artériel est un petit vaisseau sanguin (1) qui relie l’artère pulmonaire (qui va du cœur au poumon) à l’aorte descendante (qui amène au cœur le sang qui s’est chargé d’oxygène dans les poumons), ceci pendant la vie intra-utérine.

Dans les premiers jours post-nataux, comme chez l’humain, ce minuscule canal  se ferme spontanément.

Il arrive quelquefois que ce canal ne se ferme pas, ce qui, au cours du temps, va provoquer une hypo-oxygénation du sang et une fatigue cardiaque avec augmentation du rythme.

Il s’agit d’une pathologie congénitale. C’est un incident de parcours. C’est aussi une des rares pathologies cardiaques qui peut être, chez le chien, guérie par une intervention chirurgicale.

Cette intervention consistera à aller ligaturer ce petit canal qui se trouve à l’extérieur du cœur.

Après avoir ouvert le thorax et le péricarde, le chirurgien, soit fera une ligature avec un fil spécial sur le vaisseau qui le rendra imperméable, soit mettra un clip métallique qui aura pour objectif d’écraser le vaisseau.

Bien sûr, cette chirurgie se fait à cœur fermé et non à cœur ouvert. Les interventions à cœur ouvert nécessitant la mise en place d’une circulation extracorporelle (CEC), technique qui reste encore du domaine expérimental dans la chirurgie cardiaque canine, donc très rare.

La mise en évidence de la persistance du canal artériel se fait d’abord à l’auscultation, avec un souffle cardiaque bien particulier, qui s’entend au stéthoscope et est corroborée par l’échographie cardiaque, qui met en évidence la « fuite » sanguine par ce petit vaisseau.

On appelle « fuite », non pas un trou qui laisserait sortir le sang à l’extérieur, mais cette rencontre, dans le canal artériel, du sang oxygéné et du sang qui ne l’est pas. Mme le Professeur Chetboul avait réussi à calculer la vitesse à laquelle le sang sortirait de ce minuscule vaisseau s’il était ouvert et sa réponse avait été six mètres/seconde.

Colleen des Trois Maillets
(Tamerlano dei Comte d'Eau x Umilie des Trois Maillets)

Colleen des Trois Maillets a été porteuse de cette pathologie et a été opérée à l’âge de 5 mois par l’équipe chirurgicale spécialisée qui collabore à Paris avec le service de cardiologie de Madame le Professeur Chetboul de l’école vétérinaire de Maisons Alfort.

Colleen s’est remise magnifiquement de cette intervention, le soir même, elle mangeait et avait un comportement absolument normal, même un peu « speed » pour une jeune opérée.

Comme c’est une anomalie congénitale, il n’y a aucune contre-indication à la reproduction et aucune persistance du canal artériel n’a été détectée sur la descendance de la chienne.

Attention : certaines races sont prédisposées et la transmission héréditaire a été mise en évidence chez le caniche nain.

Une surveillance annuelle par échographie est nécessaire. La dernière, réalisée par Mme le Docteur Claude Muller, cardiologue anciennement élève du Professeur Chetboul, s’est révélée strictement normale. Donc tout est OK.

Les avis semblent partagés quant à la mise à la reproduction de chiens ayant présenté une PCA. Les cardiologues auxquels j'ai posé la question n'ont pas émis d'interdit.

On peut donc remarquer que l’intervention chirurgicale guérit définitivement la chienne qui mène une vie tout à fait normale. De ce fait, on ne peut que se féliciter d’avoir fait donner à la chienne les soins adéquats.

 

Cet article n'aurait dû paraître que complet, c'est à dire, avec ce qui suit, je l'avais demandé . Il aura donc une suite dans le prochain bulletin . Voici donc ce complément d'information.

Comme il n'est pire sot que celui qui reste campé sur ses positions et certitudes et qui n'a aucune ouverture d'esprit, et devant cette rare pathologie que j'ai rencontrée une seule fois (Colleen) en plus de 20 ans d'élevage de King Charles, j'ai toutefois souhaité faire le point sur ce cas et je me suis adressée à Mme Marie Abitbol, généticienne à l'Ecole vétérinaire de Maisons Alfort.

Je me permets de vous proposer la lecture des courriers que nous avons échangés :

Le 30 août 2010 à 13:11, OdetteOudart@aol.com a écrit :

Bonjour Madame,

Si je m'adresse à vous aujourd'hui c'est parce qu’en tant que généticienne, vous allez très probablement éclairer ma lanterne .

Je suis éleveuse de KING CHARLES (face plate) depuis 20 ans et je souhaiterais connaître votre avis concernant la PCA car j'avoue être un peu perplexe en ce qui concerne cette pathologie .

J'ai produit en 2007 une femelle , Colleen, qui a présenté une PCA .

Le Dr Claude Muller, qui est la cardiologue de mon élevage, avait été consultée après l'auscultation d'un souffle cardiaque par mon vétérinaire . Madame Muller avait mis en évidence une PCA par échographie.

Dirigée par elle vers Maisons Alfort, Mme le Professeur Chetboul avait confirmé le diagnostique et la chienne fût prise en charge par l'équipe chirurgicale partenaire de Maisons Alfort et opèrée .

Tout c'est merveilleusement bien passé et j'ai beaucoup sympathisé avec le Dr Carolina Carlos qui avait pris ma chienne en charge pour l'intervention et pour les contrôles échographiques post-opératoires .

A ce moment là, aucun médecin auquel j'ai dit que je ferais reproduire la chienne ne m'a mise en garde sur la transmission héréditaire possible de cette pathologie.

J'ai donc fait reproduire Colleen, 2 fois, avec 2 étalons différents et aucun chiot n'a présenté cette pathologie .

Je dois vous dire que je travaille sur des générations de chiens et que, sur cette lignée, j'avais produit l'arrière grand-mère, la mère et Collen, bien sûr et les portées de Colleen .

La grand-mère de Colleen, Nicotine, ne porte pas mon affixe mais descend en ligne droite de Jezabel .

Aucun ascendant de Colleen n'a été touché par la PCA ni produit de chiot atteint de PCA, exceptée Umilie saine sur le plan cardiaque (contrôlée comme tous mes reproducteurs pas Mme Muller) qui a produit Colleen . Je vous joins le pedigree.

Ayant  sur un site  d'éleveuse lu, dans un article, qu'il faut retirer de la reproduction les chiens qui transmettent (Celà va de soi, ne soyons pas maso) et sur ce même site dans un autre article qu'il fallait systématiquement retirer de la reproduction les chiens porteurs de la PCA, j'avoue me faire quelques nœuds en regard de ces conseils qui me semblent contradictoires .

Comment savoir qu'un reproducteur atteint transmet ou non si on l'évince systématiquement de la reproduction ? Autant de questions qui me turlupinent .

Pour avoir passé toute ma carrière dans les Hôpitaux de Paris et pris conscience des bienfaits d'une bonne santé, je suis très attentive aux diverses pathologies que peuvent présenter mes petits Kings .

Dans le pedigree que je vous joins, seuls 2 chiens me sont inconnus : Tropic Topaz, côté père et Noémie, coté mère . Je peux affirmer que tous les autres n'étaient pas affectés par cette pathologie .

Il n'empêche que maintenant, le trouble est dans mon esprit .

Dois-je, à votre avis, cesser de faire reproduire Colleen ???

Merci par avance, Madame, de bien vouloir me donner votre avis .

Veuillez accepter, je vous prie, Madame, l'expression de mes meilleurs sentiments .

O.OUDART.

Elevage des Trois Maillets
King Charles Spaniels
Odette Oudart
03 21 04 56 74
www.destroismaillets.fr

-----Original Message-----
From: ABITBOL Marie <m.abitbol@vet-alfort.fr>
Subject: Re: Demande de conseils.
Date: Thu, 30 Sep 2010 16:03:57 +0200
To: OdetteOudart@aol.com


Bonjour,

Comme promis, voici quelques éléments de réponse :

La PCA est décrite dans de nombreuses races canines (en particulier les petites races) mais son déterminisme reste mal connu .

Elle a été décrite comme clairement héréditaire avec un mode de transmission complexe (polygénique : plusieurs gènes en cause) chez le caniche (nain et toy, article datant de 1971 !) .

De plus, l'étude des lésions de PCA trouvées chez des chiens avec une forme a priori non familiale (cas sporadiques comme votre Colleen , semble-il) a montré que ces chiens présentaient des lésions identiques à celles des chiens atteints de forme familiale.

Les races étudiées étaient  le Colley, le Cocker Spaniel, le Berger Allemand, le Keeshond, le Loulou de Poméranie, le Shetland et le Shih Tzu (un chien par race, article de 2003).

L'article conclu à une probable origine génétique de la PCA dans ces races et recommande d'exclure de la reproduction tous les chiens atteints de PCA, quelle que soit leur race .

Enfin, chez l'homme, il existe des formes familiales et des formes sporadiques .

En conclusion, compte tenu de la prédisposition nette de certaines races canines (en particulier le Cavalier King Charles, un cousin de votre race), il est déconseillé de faire reproduire les chiens atteints (Colleen donc) ainsi que les chiens ayant produit des chiens atteints (ses parents). Les descendants des frères et sœurs de Colleen, s'ils ont reproduit, doivent être surveillés .

J'ajouterai que compte tenu du caractère rare de l'anomalie dans la lignée de Colleen, le risque de résurgence est minime, mais doit être surveillé .

Merci pour votre patience .

Bien cordialement,
Marie Abitbol

Dr. Marie ABITBOL
Consultation de Génétique
UMR955 Génétique Fonctionnelle et Médicale
Ecole Nationale Vétérinaire d'Alfort
7 avenue du Général de Gaulle
94704 Maisons-Alfort Cedex
Tel: 01 43 96 70 01
m.abitbol@vet-alfort.fr

 

Comme le note Mme Abitbol, le cas de Colleen est sporadique (isolé) et connaissant les 4 générations précédentes avec lesquelles j'ai produit : Funny Girl des Rois de l'Eure, Jezabel des Trois Maillets, Nicotine de Sorine, Umilie des Trois Maillets, maman de Colleen, jamais je n'ai eu un seul cas de PCA, ni aucun autre problème cardiaque .

N'ayant pas davantage été mise en garde par les vétérinaires, auxquels j'ai dit que je ferai reproduire Colleen, sur une probable transmission génétique de cette anomalie, je ne me sens pas du tout coupable d'avoir marié Colleen . Ses deux descendances n'ont présenté aucun problème cardiaque .

Dans ce cas, tous les éleveurs qui travaillent avec des descendants de cette lignée, connue (depuis Funny Girl) pour être indemne, ont cette épée de Damoclès suspendue au dessus de leur tête, prête à leur tomber dessus à leur moindre production!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Cessons de jouer au psychodrame!!!!!!!

Mme Abitbol aura ainsi éclairé notre lanterne avec cette obligation qui doit toujours être présente à notre esprit : être attentif, quelle que soit la pathologie, et de faire selon sa conscience et selon les résultats des études scientifiques, s'il y en a, mais qu'il faut aussi savoir déchiffrer ces dernières pour les cas particuliers .







Haut de page