Madame Alicia Pennington, éleveuse anglaise de renommée internationale qui fit de nombreuses recherches pour écrire son livre " Royal Toy Spaniels", publié en 1989, nous précise que les "Épagneuls Nains Royaux" ont été prisés aux cours des siècles dans les maisons royales d'Angleterre et d'Europe . Il est certain que l'aristocratie anglaise élevait deux types d'épagneuls : l'un assez grand, pour la chasse et un petit modèle, pour l'agrément et la compagnie : les "carpet spaniels" ou chiens de tapis . Il s'agissait d'un épagneul nain à la queue en panache, tâchée de fauve ou de noir sur fond blanc, un museau tantôt court, tantôt pointu . Car la sélection de l'époque était approximative . En 1613, un capitaine de marine anglaise revint du japon avec des petits épagneuls qu'il avait reçus en cadeau de l'Empereur, de type épagneuls japonais de nos jours . Une similitude étonnante de taille, de forme et de couleur existait entre ces chiens et ceux de la cour d'Angleterre .

Le Roi Charles II, régulièrement suivi d'une meute de ses petits favoris, légua son nom et son titre royal à ses bien-aimés épagneuls nains, ceci dans les années 1600 . Les King-Charles étaient les seuls chiens à avoir le droit d'entrer au parlement et dans les théâtres royaux . la sœur de Charles II, Henriette Maria ramena également des épagneuls nains de la Cour Française, de type continentaux ressemblant aux phalènes actuels . Parmi eux se trouvait un petit mâle noir et feu, le "Pyrame" aux métacarpes soudés, particularité dont quelques-uns de nos King-Charles héritent encore aujourd'hui .

Le Roi James II adorait tant ces petits chiens et reconnaissant leur importance, ordonna qu'on les sauve avant tout autre chose lors du naufrage d'un bateau le long de la Côte Écossaise .

Le Duc de Malbourough sélectionnait pour sa part une variété fauve et blanche . La légende précise que son épouse, la Duchesse Sara, impatiente de connaître les nouvelles de la bataille de Blenheim où commandait son mari, ne cessait de caresser la tête de sa petite femelle rousse et blanche qui attendait une portée . Cette chienne donna naissance à l'annonce de la victoire, à cinq chiots qui portaient sur le crane la marque du pouce de la duchesse . Cette marque est connue sous le nom de "spot", et le King-Charles fauve et blanc reçut le nom de Blenheim .

Le noble Chevalier Titz Ralph ramena aussi d'Italie une race de petits épagneuls intelligents et beaux . On reconnaissait à ces chiens des vertus médicales comme celle de soigner les maux d'estomac en les allongeant sur le ventre de la personne malade . Horace Walbole, grand admirateur de notre épagneul nain, perdit en 1739 son King Charles bien aimé Tony, auquel succédèrent d'autres Kings dont la Rosetta un petit noir et feu qui lui sauva la vie en le prévenant lors d'un feu de cheminée .

D'autres historiens de la race racontent que l'on retrouva, après sa décapitation, un chiot King Charles caché sous les dentelles des jupons de Marie Stuart .

Les petits épagneuls n'ont pas cessé d'être les favoris des rois, des princes et des nobles de ces époques . En 1859, le journal "The Field" écrit sur le King Charles : "Un animal féerique fourvoyé parmi les chiens" . Charles 1er et Charles II d'Angleterre, Élisabeth 1 re, Les Stuart, le premier Duc de Malbourough, Henriette d'Angleterre, La Duchesse d'Orléans lui ont accordé leurs faveurs . Les nombreuses représentations picturales nous prouvent à quel point il était présent et aimé des plus grands .

Avec Jacques II dernier et éphémère roi Stuart (3 ans de règne) s'acheva cet engouement pour le petit épagneul, pour laisser la place au Carlin, tant apprécié par Guillaume d'Orange, successeur de Jacques II .

On pense qu'a cette époque, des mariages Carlin/Épagneul nain eurent lieu ce qui eut pour résultat d'aplatir considérablement la face des épagneuls pour leur donner cette tête si caractéristique qui est la leur aujourd'hui : crâne rond en dôme, petit nez remouché, grands yeux larges et limpides . Il est plus vraisemblable que c'est une manipulation entre les divers spaniels mentionnés ci-dessus avec un apport important d'Épagneuls japonais ou "Chin" et peut être, en effet en faible proportion de Carlin qui fixa le type connu de nos jours par le biais d'une sélection rigoureuse . Ces races cohabitèrent jusqu'a la fin du XIXème siècle voire le début du XXème où le Carlin supplanta le King Charles dans le cœur de la "Haute société" Anglaise .


Article paru dans "Vos chiens magazine" - Décembre 1999 - Écrit en collaboration avec Sylvie Desserne .







Haut de page